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Si tout sol, même s’il a la taille d’un continent et la pesanteur d’une montagne, à le considérer patiemment, est fluide, mobile, menacé d’effritement, d’enfoncement, de dérive, si toute construction ne repose en réalité que sur le haut d’un sablier, si toute terre est un navire flottant à la dérive, peu d’entre elles ne sombrent avec une telle rapidité et ne fluctuent avec une si grande visibilité que cette lanière jaune et friable, alimentée aussi constamment qu’elle est détruite par les courants et par les vents. Aucun paysage n’offre contemplation plus mélancolique, sachant si bien abriter le promeneur dans l’équilibre élégant du bel indécidable. Aucune terre, aussi bien, n’offre de lieu d’expérience plus critique imposant de vérifier sans cesse qu’il est prudent d’habiter et désirable de fuir.